Carnet de voyage : Maurice


Salut à toutes et à tous,

Après les Comores, nous voilà donc à Maurice. Une île de la taille du département des Yvelines qui est bien connue pour ses attraits touristiques. Le tourisme représente effectivement une large partie de l’économie mauricienne et c’est bien visible (tout est là pour accueillir de nombreux touristes, hôtels, villas, tours operators, bus à louer, guides, une grande variété d’activités de loisir, etc.). Les ressources énergétiques sont également nombreuses : soleil, vent, cascades, etc. Et c’est un contexte très différent qui nous attend ici!


Pour pouvoir intervenir dans les écoles à Maurice, il nous faut l’autorisation du gouvernement. Et c’est assez cadré : nos activités doivent durer 70 minutes au plus (2 périodes de classe). A notre arrivée sur place, l’autorisation n’est pas encore délivrée et les vacances scolaires approchent. Nous devrons finalement attendre un mois avant de pouvoir commencer la partie animation dans les écoles. Nous profitons de ce délai pour faire le point sur notre expérience aux Comores, rencontrer nos points de contact à la COI (qui est basée à Maurice) comme c’était prévu au départ du projet pour pouvoir l’affiner, prendre connaissance du contexte énergétique de l’île et créer de nouvelles activités pédagogiques. Mais aussi s’occuper de notre matériel qui suit en fret car nous n’avons pas fini de nous étonner à ce sujet!


Exemples d’écoles du réseau Eco-school, les élèves y mettent en place des projets divers comme de la récupération d’eau de pluie ou des jardins de plantes endémiques


C’est bon, nous avons l’autorisation pour intervenir dans les écoles primaires et secondaires du réseau Eco-school qui ont obtenu le « Green Flag ». Les Eco-schools c’est un réseau international d’écoles qui s’investissent dans des thématiques liées à l’écologie au sens large à travers des projets dont toute la réalisation doit être menée et encadrée par les élèves. Les projets doivent aborder au moins une parmi 10 grandes thématiques : l’énergie, l’eau, les déchets, la biodiversité, un mode de vie sain, l’environnement, la qualité de l’air et du sol, le patrimoine, le changement climatique, la préservation des océans et des côtes. Chaque école dispose d’un « grade » correspondant à son niveau d’implication dans le processus de projets Eco-school. Le « Green Flag » est le plus haut grade du réseau, il nécessite d’avoir déjà complété plusieurs projets sur les thématiques du réseau, nous allons donc rencontrer les écoles qui sont le plus avancées et dont les élèves sont les plus sensibilisés aux thématiques écologiques. L’énergie reste toutefois l’un des thèmes les moins choisis, les projets réalisés étant majoritairement liés à l’eau (des projets de récupération et filtrage d’eau de pluie notamment), à la gestion des déchets (mise en place d’un tri des déchets géré par les élèves) ou à la préservation de l’environnement.


Intervention devant les professeurs et représentants des écoles du réseau Eco-school

Les professeurs ici réalisent régulièrement des formations pendant les périodes de vacances. Notre première rencontre avec eux se fait donc au bénéfice de l’une de ces sessions de formation, organisée dans le cadre du réseau Eco-school, à laquelle nous nous sommes greffés. Nous leur présentons notre projet et tentons de comprendre leurs attentes pédagogiques sur le sujet de l’énergie.


Les Mauriciens parlent bien de « Green Flag » pas de « Drapeau Vert ». Au delà de ce cas particulier, ils n’ont aucun problème à mélanger les langues de manière générale! Ici on parle l’anglais (la langue officielle, les cours sont en anglais dans les écoles), le créole, le français, des langues indiennes et chinoises. Même si la discussion se fait souvent en français, des mots anglais s’y insèrent souvent naturellement, comme « sorry », « ok right », « bye ». En fait, il y a de nombreux groupes à Maurice, issus de l’histoire de cette île entre colonisations et vagues d’immigration : les indiens, les créoles, les chinois, etc. Ces groupes ne se mélangent pas ou très peu, et on trouve de fait encore des disparités culturelles et religieuse parfois très visibles et marquées, ce qui crée des villes cosmopolites étonnantes pour une si petite île!




Nos interventions dans les écoles ont été très enrichissantes pour nous, à tous les niveaux. Nous sommes allés dans une quinzaine d’écoles pour échanger avec des élèves de 8 à 18 ans sur les enjeux énergétiques de leur île. Pour les plus jeunes, notre activité s’est focalisée sur le fonctionnement de l’électricité à Maurice et sur les différences qui existent selon la source d’énergie utilisée pour en obtenir. Elle leur permet d’expérimenter et de se rendre compte des avantages et inconvénients que procurent chaque source d’énergie.


Visite du site éolien de la Plaines-des-Roches



Visite de la centrale mixte Charbon/Bagasse d’Omnicane

Pour résumer le contexte énergétique de l’île, l’électricité est produite à 80% à partir d’énergies fossiles importées (hydrocarbures et charbon) et 20% à partir d’énergies renouvelables (14% de bagasse, 5% d’hydraulique et 1% d’éolien et de solaire). La bagasse est une particularité très intéressante, il s’agit des résidus de canne à sucre après extraction du sucre qui peuvent être brûlés dans les centrales à charbon. Donc lorsque c’est la saison, la bagasse vient remplacer le charbon pour produire de l’électricité. Les usines de sucre ont trouvé ce moyen de diversification de leurs activités et sont donc devenus des acteurs énergétiques. Mais les surfaces de cannes à sucre vont en diminuant depuis plusieurs années du fait du prix très bas du sucre qui ne permet plus à l’activité d’être rentable, sans compter la pression foncière liée à l’essor du tourisme parfois forte selon les endroits concernés de l’île. On peut donc s’interroger sur l’avenir de ces centrales à charbon/bagasse…


Visite de l’intérieur des terres et d’une maison autonome en énergie et en eau

Avec les plus grands nous avons fait le choix d’orienter notre animation sur le thème de la transition énergétique en s’appuyant sur le sujet des transports qui est un des enjeux énergétiques majeur sur cette île (comme dans beaucoup d’autres pays) : il représente 50% du pétrole consommé, donc importé. A travers une version revisitée du jeu de l’épervier, nous avons amené différentes discussions sur les phénomènes d’inertie du changement, de l’impact des comportements, des enjeux de nos modes de transport et d’utilisation de l’énergie en générale dans notre vie quotidienne et à l’échelle planétaire, des impacts sur le réchauffement climatique, etc. Notre témoignage, appuyé sur les images et vidéos de notre tour de France à vélo solaire (à défaut d’avoir pu l’amener jusque devant eux) a eu le mérite de les faire rêver et, on l’espère, de les motiver à devenir acteurs de la transition à leur tour!


La plupart des écoles secondaires (collèges/lycées) sont non mixtes (à gauche une école de filles ; à droite une école de garçons)

Nos activités et notre témoignage de ce que nous avons réalisé en France ont été bien reçues aussi bien par les professeurs que par les élèves. Ils nous motivent à pousser le concept plus loin encore et on planche déjà sur de nouvelles idées de jeux à mettre en œuvre lors de nos animations sur les prochaines îles.



Quant à notre matériel… Eh bien figurez-vous qu’après un petit tour depuis Moroni jusqu’à Johannesburg et 3 semaines d’attente sur place, nos chers amis en charge du fret aérien se sont rendus compte qu’ils avaient mal lu la LTA (la fiche descriptive de la marchandise à transporter) et qu’ils n’étaient pas en mesure de poursuivre le transport de notre matériel jusqu’à Maurice. Ce qui fait qu’au moment où nous avons fini nos animations à Maurice et nous apprêtons à nous rendre à Madagascar, notre matériel est en train de revenir sur ses pas… aux Comores! 😀 Autant vous dire qu’on est ravis… On se dirige donc vers une nouvelle île sans compter là dessus et prêts à créer de nouvelles activités! 🙂

A bientôt pour la suite de nos péripéties dans l’Océan Indien 😉

 

L’équipe SolaR’hythm